Europe

Vendredi 27 août 2010 5 27 /08 /2010 08:18

 

Lors d’un discours prononcé au Centre Interdisciplinaire d’Herzliyya, ce mardi 24 août 2010, Tony Blair a dénoncé la campagne actuelle de « délégitimation d’Israël ».

 

 

Tony Blair a affirmé que « la meilleure réponse à ceux qui cherchent à délégitimer Israël réside dans l’ouverture, la droiture et la créativité des Israéliens eux-mêmes ». « Mon conseil est celui de garder et de cultiver cet esprit », a ajouté l’ancien Premier ministre britannique.

 

 

Tony Blair a décrit : « la délégitimation d'Israël comme un affront à l'humanité ! » (1).

 

 

Cette réaction est d’autant plus louable et inattendue qu’elle provient d’un ancien Premier ministre d’un pays généralement pro – arabe.

 

 

 

La sympathie pro palestinienne est en effet très forte en Grande Bretagne. C’est dans ce pays que la campagne "antisioniste" de boycott contre Israël et la stigmatisation de la seule démocratique de la région sont les plus forts en Europe. C’est aussi dans ce pays que l’on a poussé à l’extrême la complaisance envers les Palestiniens, au point que chaque déclaration publique sur le Proche Orient, à Downing Street, est associée aux mots  «occupation israélienne ». 

 

 

C’est ici encore ou les médias sont généralement de gauche et bêtement pro palestiniens, basculant dans la malhonnêteté intellectuelle et le parti-pris idéologique anti-israélien. En Grande Bretagne, la machinerie de propagande islamiste fonctionne à merveille parce qu’elle s’appuie sur une assisse financière musulmane forte.

 

 

 

Alors, comment se fait-il que Tony Blair parle de la diabolisation et la délégitimation d’Israël, alors que son pays soutient sans ambiguïté le boycott des produits israéliens, le boycott académique de ses universités et le désinvestissement ?

 

 

En décembre 2009, les Britanniques, toujours zélés lorsqu’il s’agit de boycotter Israël, ont décidé de marquer de façon claire les produits en provenance des « colonies » de Judée Samarie et du plateau du Golan. Le Gouvernement britannique a conseillé à tous les supermarchés, épiceries et autres magasins vendant des produits importés de localités juives de ces régions d’Israël, de coller une étiquette bien visible, afin d’informer les clients. Une telle mesure n’a jamais été prise contre un autre pays !

 

 

En juillet 2009, c’est aussi la Grande Bretagne qui a décidé de suspendre les ventes d’une certaines catégories d’armes à Israël, à la suite de la guerre à Gaza au début de l’année. Cette évolution a représenté une réelle victoire pour la coalition Stop Arming Israel qui a commencé sa campagne pour un embargo sur les armes livrées à Israël par la Grande Bretagne. Cette décision était prise sous l’effet des pressions de "groupes extraparlementaires et organisations non gouvernementales" proche des milieux anti-israéliens.

 

 

Alors, avant de parler de « la délégitimation d’Israël », les anglais devraient plutôt reconnaître la souveraineté juive sur l’ensemble du territoire historique d’Israël, et aussi respecter le droit légitime de l’Etat Juif à se défendre contre les attaques palestiniennes qui visent sa population. Les anglais devraient aussi commencer à mettre en quarantaine ceux qui prônent la haine des Juifs et le boycott d’Israël. Le choix résolument pro palestinien a beaucoup nuit à l’image de la Nation Britannique.

 

 

Je pense néanmoins bien souvent à l’Histoire de cette nation et à ses héros, comme Winston Churchill. Ce qui me désole, c’est de voir que les citoyens britanniques ne sont généralement pas au courant de ce qui se passe dans leur pays, parce que les médias se taisent quand ils devraient s’exprimer.

 

 

Ftouh Souhail, Tunis

 

 

(1) Source: The Jerusalem Post - Blair : Delegitimization of Israel is affront to humanity (jpost.com)

 

Par Ftouh Souhail - Publié dans : Europe
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Vendredi 30 juillet 2010 5 30 /07 /2010 15:42

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Certains Français critiquent les Suisses. Les Suisses s’en foutent.

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Par Michel Garroté

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Vendredi 30 juillet 2010 – 19 Av 5770

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La Suisse, 40'000 km2, 7,5 millions d’habitants, 15% d’étrangers, également connue sous le nom de Confédération helvétique, est un Etat fédéral. Crée par ses propres habitants et non par des pays voisins (comme la Belgique, crée par la France et les Pays-Bas), la Suisse est née à la fin du 13e siècle.

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Tous les pays voisins qui ont tenté d’envahir la Suisse ou de l’annexer se sont ramassés une formidable dérouillée, y compris les Bourguignons qui, bien que dix fois plus nombreux que les Helvètes, se sont fait massacrer jusqu’au dernier sur les bords du lac de Morat.

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J’ai écris « tous les pays voisins qui ont tenté… » car le fait est qu’en 2010, malgré toutes ces tentatives, la Suisse est et reste un pays souverain et indépendant.

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Les Suisses ont voté, dans leur grande majorité, contre la construction de minarets sur leur sol. Ils ont eu cette possibilité, parce que la Suisse pratique la démocratie directe, autrement dit, le vote par référendum.

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Je vous laisse imaginer les conséquences, si l’on pouvait, en France, lancer une initiative populaire et la soumettre à référendum, avec des propositions telles que « l’interdiction des mosquées subventionnées par les contribuables », « l’interdiction aux mahométans de prier en masse dans les rues le vendredi » ou « l’expulsion sans appel des délinquants étrangers et des illégaux ». J’entends d’ici les hurlements médiatico-hystériques contre la démocratie directe…

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La structure fédérale de la Suisse signifie que les communes délèguent aux cantons ce qu’elles ne peuvent accomplir elles-mêmes. Et que les cantons délèguent à la Confédération ce qu’ils ne peuvent accomplir eux-mêmes. On appelle cela le principe de subsidiarité.

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La Suisse rassemble quatre groupes linguistiques avec chacun sa propre langue. A cet égard, la Belgique connaît actuellement un problème de scission entre Wallons, Flamands et Bruxellois. Pourquoi la Suisse, avec quatre groupes linguistiques ayant chacun sa propre langue ne connaît-elle pas les mêmes problèmes que la Belgique ? Parce que la Suisse est un Etat fédéral et que la Belgique ne l’est pas.

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Lorsque la Suisse en a eu assez que la dictature libyenne garde en otages deux citoyens suisses, elle a refusé le visa Schengen aux Libyens (la Suisse fait partie de l’espace Schengen). Et c’est à ce moment-là que la libération, par la Libye, des otages suisses, a pris forme.

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Que ce soit dans l’affaire des minarets ou dans celle des otages, les Suisses ont su dire merde à ceux qui prétendaient leur pourrir la vie.

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L’on a prétendu que si les Suisses votaient contre les minarets, il y aurait des attentats islamiques sur sol helvétique.

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Les Suisses ont dit crotte aux minarets et il n’y pas eu, il n’y a toujours pas, d’attentats islamiques sur sol helvétique.

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Récemment, Xavier Comtesse, directeur romand (francophone) du think-tank Avenir Suisse (*), a déclaré (**) :  « Le dernier village gaulois, c'est la Confédération helvétique. Ici, il n'y a pas de dette, peu de chômage. Le système éducatif et celui de santé fonctionnent bien. Les Français sont attirés par cet eldorado. D'autant plus qu'ils sont victimes de la crise économique et de la crise européenne ».

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Un sondage paru dans l'hebdomadaire suisse alémanique (germanophone) ‘Die Weltwoche’ révèle que les habitants de l’Union européenne sont 52% dans le Vorarlberg (Autriche), 48% en Savoie et Haute-Savoie, 48% dans le Baden-Wurtemberg (Sud-ouest de l’Allemagne) et 52% à Côme-Varèse (Italie) à se prononcer pour l'intégration de leur région dans la Confédération helvétique, notamment les jeunes et les électeurs de droite.

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Dans enquête du quotidien suisse romand ‘Le Matin’, les habitants d'Annecy louent cette « vraie démocratie » qu’est la Suisse, où l'on « respecte vraiment les salariés ».

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Dominique Baettig, membre de l'UDC, qui a proposé la création de cette grande Suisse, déclare :  « On m'a pris pour un allumé, mais les résultats sont là :  le modèle suisse fait fantasmer ». L’UDC qui est représentée aux chambres fédérales (Parlement national) au Conseil fédéral (l’exécutif suisse au plan national).

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L’UDC que certains journalistes français taxent de « xénophobe » et de « populiste » (car ils n’osent pas taxer l’UDC de « raciste » et « d’extrême-droite » ce qui serait tout de même un peu gros).

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L’UDC sans laquelle la Suisse aurait effectivement vu naître un parti d’extrême-droite raciste rassemblant tous les frustrés, une sorte de Front National version helvétique. L’UDC dont le sigle signifie d’ailleurs Union Démocratique du Centre…

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Or donc, des Français, parmi eux des savoyards et des hauts-savoyards, aiment la Suisse et certains voudraient même en faire partie.

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Cela dit, il est vrai, aussi, que certains Français critiquent les Suisses.

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Et les Suisses s’en foutent.

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Copyright Michel Garroté 2010 & Sources citées

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(*) http://www.avenir-suisse.ch/fr/avenir-suisse.html

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(**) http://www.observatoire-parlement.org/article-dernier-village-gaulois-la-suisse-54681972.html

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Par Michel Garroté - Publié dans : Europe
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Mardi 22 juin 2010 2 22 /06 /2010 14:59

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Le karma de la Russie, c’est l’immensité. Elle ne pouvait qu'être grande ou n'être pas


 

 « Les nations sont des navires dont les ancres sont au ciel », disait Antoine de Rivarol. Chaque nation son karma : certains groupes humains, à certains moments, font le choix de certains mode de vie ou de survie ou s’y laissent enfermer. Ces premières stratégies ou ces premières fatalités entraînent, au sein du groupe, la sélection de certains sous-groupes, la prévalence de certains caractères physiques ou moraux plutôt que d’autres, puis la formation de cultures spécifiques, de moeurs, de valeurs, qui, à leur tour, pèsent sur les choix vitaux ultérieurs, même quand ceux-ci sont totalement différents, et qui perdurent en-dehors de toute utilité immédiate. Le très long terme (par exemple la différenciation  biogénétique) s’entrecroise avec le très court terme (les changements  instantanés, catastrophiques, induits par la guerre, la maladie ou l’apparition de nouvelles techniques ou technologies). Des identités collectives distinctes, apparues successivement, se superposent souvent au sein d’un même peuple, et suscitent, selon les circonstances, de soudains rapprochements avec d’autres peuples ou au contraire de soudains éloignements.

Baltique-Amour-Pamir

Le karma de la Russie, c’est l’immensité. Elle ne pouvait qu'être grande ou n'être pas. Son foyer originel se situe dans la Russie d'Europe des anciens atlas, une plaine étale de plusieurs millions de kilomètres carrés, rabotée et poncée par les glaciations, d'un diamètre de 2000 kilomètres en moyenne. Cette plaine, elle-même, s'inscrit dans le triangle Baltique-Amour-Pamir, qui recouvre, sur neuf fuseaux horaires, toute la moitié nord du continent eurasiatique : le plus vaste espace ouvert de la planète. Rien ne s'oppose vraiment, dans ce double orbe, aux mouvements des armées et des peuples, sinon d'autres peuples, d'autres armées et, tant l’été que l’hiver, les rigueurs du climat. Si Moscou n'avait pas pris le contrôle de la Russie d'Europe, une autre principauté l'aurait fait. Et si les Russes n'étaient pas devenus, au cours des cinq derniers siècles, la puissance dominante dans le nord de l'Eurasie, un autre peuple aurait joué ce rôle : la Russie moderne - c’est l’idée fixe des géopoliticiens de Pétersbourg et de Moscou, de Piotr Semyonov, le géographe et explorateur visionnaire de la fin du XIXe siècle,  jusqu'à l'« école eurasianiste » (Evraziatchina) de la fin de l'ère soviétique et de l'ère Elstine - n'est en fait que le dernier en date des « empires des steppes » qui se sont succédés pendant deux mille cinq cents ans au moins dans la région.

Scythes

On ne peut aujourd’hui évoquer des peuples nomades eurasiens sans songer aux Turcs et aux Mongols, qui ont incarné ce type d’existence, avec quel éclat, tout au long du IIe millénaire de l’ère chrétienne. Mais la plupart des envahisseurs à cheval que l’Antiquité européenne et chinoise - au Ier millénaire avant l’ère chrétienne et au Ier millénaire de cette ère - voit surgir de la grande steppe, Cimmériens, Sarmates, Scythes, Alains, Yüeh-chih, auraient été, selon les témoignages écrits dont nous disposons, des Indo-Européens blonds ou roux aux yeux bleus, physiquement proches des Russes ou des Scandinaves modernes. Ces Indo-Européens primitifs ont-ils emprunté vers le IIe millénaire avant l'ère chrétienne une culture élaborée par les peuples altaïques, Turcs, Mongols et Toungouses, ou au contraire en ont-ils été les premiers inventeurs ? En tout cas, c’est bien de la même culture qu’il s’agit, tant sur le plan des technologies usuelles qu'en matière artistique, tant sur le plan des moeurs, de l'organisation politique ou de la tactique militaire qu'en matière de rites ou de religion. Le portrait que le prophète hébreu Habakuk, sept siècles avant l’ère chrétienne, trace de cavaliers prédateurs venus du nord rejoint de façon hyperréaliste celui que les chroniqueurs arabes ou byzantins laisseront des Mongols de Gengis-Khan deux mille ans plus tard  : « Et l'Eternel dit : Je vais susciter un peuple qui parcourra les vastes espaces de la terre pour conquérir les demeures des autres peuples. Peuple terrible ! Ses chevaux sont plus légers que des panthères, plus rapides que les loups du soir. Ils viennent de loin, ces cavaliers, ils passent comme une tempête, ils se jettent comme l'aigle sur leur proie. Ils se jouent de touute forteresse, amoncellent un peu de terre et la prennent d'assaut... »  Mais il s’agit en fait - nous l'avons appris en déchiffrant, par ailleurs, les chroniques royales assyriennes - des Ashkuzaï  indo-européens, c'est-à-dire de Scythes venus au Proche et au Moyen-Orient en tant que mercenaires et vite devenus des conquérants. Hérodote d'Halicarnasse, cinq cents ans avant l’ère chrétienne, décrit ces mêmes Scythes dans leur patrie, les pays situés au nord du Pont-Euxin et de la mer Caspienne : «  Ils  ont admirablement résolu le problème de la sécurité. Aucun envahisseur ne peut leur échapper ni, à l'inverse, leur mettre la main dessus. Un peuple errant qui vit sans murailles et sans villes, un peuple de cavaliers et d'archers qui transportent avec eux leurs maisons, un peuple nomade vivant uniquement de ses troupeaux et  habitant sur des chariots n'est-il pas pratiquement insaissable et invincible ?  » Plus loin, il note que les Scythes boivent du lait de jument fermenté, coutume qui est restée jusqu'à ce jour en usage chez les peuples d'Asie centrale et même chez les Turcs d'Anatolie : « Le lait de jument est pratiquement la seule boisson des Scythes... Une fois le lait tiré et versé dans de grands récipients, les esclaves le barattent et recueillent la crême qui se forme sur le dessus, leur mets préféré... »   Il rapporte également la tradition du scalpage des vaincus, qui devait notamment passer par la suite aux Huns d'Attila : « Le Scythe doit rapporter au roi les têtes des ennemis qu'il a tués, sous peine d'être privés de butin... La plupart du temps, ces têtes sont scalpées... Chaque Scythe prend soin de l'attacher aux rênes de son cheval pour bien la montrer... » Les fouilles archéologiques, depuis un peu plus d'un siècle, ont entièrement confirmé ces parallèles suggérés par les sources écrites  : que les sites étudiés concernent des nomades blancs ou jaunes, indo-européens ou altaïques, ce sont toujours, du Danube à l'Altaï,  les mêmes vêtements cousus de peau ou d'étoffe, les mêmes armes et les mêmes outils, le même art où se combinent sans cesse des figures animalières et des motifs géométriques extrêmement complexes, les mêmes sépultures royales ou princières en forme de tertres. Plus saisissants encore, les restes humains, comme ces momies de Huns en parfait état de conservation qui ont été retrouvées au début des années quatre-vingt dix aux confins du Xinjiang chinois : corps d'Européens et même de Nordiques, habits et objets semblables à ceux des Mongols modernes.

Permutations

Selon une première hypothèse, le renversement ethnoculturel qui, tout au long du Ier millénaire avant l'ère chrétienne et du Ier millénaire de l'ère chrétienne, transforme ou réduit les Indo-Iraniens et les Slaves en sédentaires et fait des Mongols et des Turcs les nomades par excellence pourrait bien n'avoir été que le conséquence directe de l'efficacité que les premiers avaient atteint dans le mode de vie nomadique dès la fin du IIe millénaire avant l'ère chrétienne. Parvenus à un essor démographique prolongé, dotés de structures sociales stables, possédant en abondance ces forces de frappe des temps anciens que constituaient la cavalerie et l'archerie, les Indo-Européens auraient été en mesure de s'emparer de terres riches se prêtant à l'agriculture et même de pays de haute civilisation, de l'Europe danubienne à l'Inde, en passant par la Russie du Sud, l'Anatolie et l'Iran. Pendant plusieurs générations et sans doute plusieurs siècles, ils auraient tenté de concilier le meilleur des deux mondes, en combinant agriculture et pastoralisme : Hérodote mentionne « les Alazones »  vivant au nord du Borysthène, c'est-à-dire du Dniepr, « qui ont les mêmes coutumes que les Scythes, quoiqu'ils soient plutôt cultivateurs et se nourrissent de blé, d'oignons, d'ail, de fèves et de millet »  , ainsi que « les Scythes laboureurs, qui cultivent eux aussi le blé, mais uniquement pour le vendre »  . Finalement, ils seraient devenus exclusivement cultivateurs. Mais derrière eux, dans les steppes, les Altaïques se seraient substitués à eux. Et à quelques siècles de distance, les mêmes causes conduisant aux mêmes effets, ces continuateurs ou imitateurs auraient envahi à leur tour les terres agricoles, ajoutant même à leurs prédations une Chine que les Indo-Européens, pour leur part,  n'avaient pu soumettre.

Dominations

A la confusion ou à la coexistence entre Altaïques et Indo-Européens de l’époque préhistorique et du Ier millénaire de l’ère chrétienne succèdent, vers l’an mil, des identités plus tranchées et des dominations alternées. Puissance ascendante dès le milieu du Ier millénaire de l'ère chrétienne,les Turco-Mongols sont les maîtres exclusifs à partir du XIIIe siècle. L'avantage historique passe aux Slaves, quand ils se dotent, au XVe siècle, de la première arme qui mette fin à la prédominance de la cavalerie, le canon ; il se confirme quand ceux-ci, au début du XVIIIe siècle, adoptent en partie l'organisation sociale et la technologie de l'Occident. Peu à peu, les Russes imposent leur domination à l'ensemble de l'Eurasie intérieure, soit à travers une occupation directe et une colonisation, notamment en Sibérie, soit à travers divers systèmes de vassalisation et de protectorat, comme en Asie centrale ou en Mongolie. L'apogée de cette Eurasie russe se situe vers 1945, quand Moscou contrôle non seulement la Sibérie occidentale et orientale, l'Asie centrale jusqu'au Pamir, l'Extrême-Orient jusqu'à Vladivostok, mais exerce de surcroit un protectorat à peine déguisé sur la Mongolie dite « extérieure », devenue « République populaire de Mongolie », sur le Turkestan oriental, nominalement chinois, ou encore sur une Mandchourie qui vient d'être arrachée aux Japonais. Et puis, à nouveau, le balancier retombe du côté des Asiatiques. La Chine reprend le contrôle de la Mandchourie et du Turkestan oriental, alias Xinjiang, dès 1950. L'invasion de l'Afghanistan, en 1980, conduit à un désastre militaire et politique de première grandeur qui, lui-même, est l'une des causes immédiates de l'effondrement de l'URSS. En 1991, les pays turco-mongols d'Asie centrale et du Caucase auxquels Staline avait reconnu une souveraineté toute formelle au sein du système soviétique, du Kazakhstan à l'Azerbaïdjan, accèdent à une indépendance totale. Au sein même de l'empire russe résiduel, la Fédération de Russie, de nombreuses provinces ou républiques imbues d'un héritage altaïque, du Sakha, ex-Yakoutie, enclavé dans la Sibérie orientale, au Tatarstan, situé entre l'Oural et la Volga, c'est-à-dire en pleine Russie d'Europe, revendiquent une autonomie confinant à l'indépendance, sans parler de la Tchétchénie, qui fait sécession les armes à la main.

Syncrétisme

Mais ces alternances de dominations au sein du système eurasiatique n'ont jamais remis en cause, entre les deux groupes humains et les deux cultures, les interpénétrations. Les premières sociétés sédentaires russes ont beaucoup emprunté au chamanisme nord-altaïque d'une part, à l'Etat semi-nomade des Turcs khazars, d'autre part. L'Etat moscovite, tel qu'il se constitue à partir du XIIIe siècle autour d'Alexandre Nevski et de ses descendants, est d'abord un protectorat turco-mongol. Quand il assure son indépendance sous Ivan le Grand, à partir de 1462, il conserve de nombreuses structures administratives, policières ou même militaires empruntées aux anciens maîtres. Celles-ci subsistent au XVIIIe siècle sous les Romanovs, après la métamorphose de la Moscovie en un Empire russe occidentalisé, et quelquefois même se renforcent : qu'il s'agisse du servage, ou en sens inverse, des communautés autonomes de soldats-paysans, les fameux cosaques. Fondé sur le christianisme orthodoxe, l'Etat impérial moscovite puis russe manifeste dans l’ensemble plus de tolérance envers les religions proprement asiatiques, islam et bouddhisme, qu’à l’égard du catholicisme ou du judaïsme : des lieux de culte leur sont réservés fort tôt à Moscou, à Pétersbourg et dans la plupart des grandes villes. La société civile, toutes classes confondues, ne cesse quant à elle de professer un syncrétisme beaucoup plus large : des moines illuminés, dont Raspoutine, au début du XXe siècle, sera le plus célèbre, véhiculent des doctrines et des pratiques chamaniques ou même hindouistes ; des confréries diffusent des cultes antinomistes ou orgiaques du Proche-Orient ou d'Asie centrale ; Heléna Blavatskaya, dite Mme Blavatsky, fixe à la fin du XIXe siècle la théologie de l'occultisme moderne, la « théosophie ». En dépit de quelques apports italiens au XVIe siècle, l'architecture monumentale russe - églises, palais, forteresses - n'est jusqu'au début du XVIIIe siècle qu'une variante de l'architecture musulmane d'Asie centrale et d'Asie du Sud : bulbes dorés ghaznévides ou mogols, tours-minarets, murailles rouges crénélées. Si un vocabulaire strictement européen, vitruvien ou baroque, s'impose à partir du règne de Pierre le Grand, le style asiatique, rebaptisé « style national russe », revient en force dès le milieu du XIXe siècle. Les compositeurs « nationaux » de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle - le groupe des Cinq, Prokoviev - renouent avec la musique traditionnelle russe, celle des liturgies orthodoxes et des chansons populaires, dans la mesure même où, parallèlement, ils se passionnent pour les musiques de l’Orient : à la Khovantchina de Modeste Moussorski répond sa Nuit sur le Mont Chauve ; au Prince Igor d’Alexandre Borodine ses Steppes de l’Asie centrale, au Nevski de Sergueï Prokoviev sa Symphonie scythe. Enfin, les échanges de la Russie d'Europe avec la Sibérie et les Proche, Moyen et Extrême-Orient sont jusqu'au début du XIXe siècle au moins aussi importants que le commerce avec l'Europe. Au XXe siècle, l'économie russe, corsetée par l'autarcie communiste, se redéploie vers l'hinterland eurasien. A l'aube du XXIe siècle, elle subit l'attraction du nouvel Extrême-Orient capitaliste et industriel, le Pacific Rim japonais, coréen et chinois.


« L'Asie, nous lui avons toujours appartenu »,  observe le prince Esper Oukhtomski, qui est,  à la fin du XIXe siècle, l'un des promoteurs du Transsibérien mais aussi le mentor du tsarévitch Nicolas Alexandrovitch, le futur Nicolas II. « Nous avons vécu sa vie et senti ses intérêts. C'est à travers nous que l'Orient parvient aujourd'hui à une claire conscience de lui-même... Ces peuples aux races variées se sentent attirées vers nous, par leur sang, par leur tradition et par leurs idées... »   Lui faisant écho sur un autre mode, Alexander Blok écrivait un étonnant poème paneurasien en 1918, au moment même où l'Empire des Romanovs se désintégrait : Skify - c'est-à-dire Les Scythes. « Vous êtes des millions, lançait-il aux peuples d'Asie, et nous, nous sommes légions sur légions... Venez à nous et éprouvez notre semence... Nous sommes nous aussi des Scythes et des Asiatiques, nous somme issus des mêmes rivages où les yeux obliques trahissent le désir... »


Mais si la Russie, née de l’Eurasie, a fini par embrasser l’Eurasie toute entière et par s’y confondre, elle n’y est parvenue qu’en étant d’abord elle-même. Autre saga, à l’intérieur de la première ; affirmation, au milieu de l’infini et pour mieux s’y maintenir, d’un axe et d’un centre.

Moscou

Aujourd’hui encore, Moscou étonne, subjugue, séduit. Le voyageur qui vient pour la première fois dans la capitale russe a lu tous les livres où l’on déplore la démolition, sous Staline, des églises et des vieux quartiers, la mise à mort - à coups de bombe - du monastère du Miracle et du Temple du Christ-Sauveur,  l’arasement de la tour Soukharev, la destruction des anciens boulevards ombragés de tilleuls centenaires. Mais ce qu’il voit le désarme. Le Moscou du tsar rouge ressemble, sans doute, au Berlin néo-romain de Hitler et de Speer, ou au Washington, étrangement  « impérial », lui aussi, bardé lui aussi d’aigles de bronze et de colonnes à feuille d’acanthe, des années vingt, trente ou quarante. Mais c’est moins carré, plus rond, moins classique, plus baroque : la Moskova s'y faufile comme un serpent châtoyant au milieu de façades taillées dans des pierres roses ou rouges, les gratte-ciel italianisants y éclatent comme des coups de théâtre, les avenues ne s'y croisent pas en damier, mais rayonnent, et tout enfin vient buter sur cette contradiction énorme, inexplicable, le maintien, au milieu même de la cité utopique, de Saint-Basile, orgues et sucres d'orge, et surtout du Kremlin, palais d'Ali-Baba et de Baba-Yaga réunis, couleur de sang caillé et de métal rouillé. 


Moscou a toujours résumé la Russie. Ville d’Eurasie, sans doute, ouverte au grand large terrien, campement de nomades et foire de marchands venus de tous les Orients : un de ses quartiers s’est longtemps appelé Kitaïgorod, autant dire Chinatown . Mais aussi ville slave, enclose comme un oeuf au milieu des forêts : un autre quartier s’appelait Okhotny Riad,  le Rendez-vous des Chasseurs. Laquelle a précédé l’autre ? Bien difficile de trancher. Et d’ailleurs, pourquoi trancher ? Rien n’interdit de penser que les deux Moscou se sont développées simultanément, chacune dans sa dimension. Un jour, enfin, le prince local est devenu tsar. C’est un titre que les premiers Russes n’avaient donné jusque là qu’aux rois d’Israël, aux empereurs de Rome ou de Byzance, et enfin aux Grands Khans mongols, issus de Gengis Khan. Le pilier surportant le monde, l’Arbre Primordial, Mirovoyé Diérevo, avait basculé dans les profondeurs de la terre et se situait désormais ici.

Forêts et plaines

Les peuples que nous appelons aujourd’hui « slaves » semblent s’être constitués en tant que tels dans les forêts et les plaines herbeuses de la Russie du Sud, de l’Ukraine et des régions périkarpathiques. Au XIXe siècle, les nationalistes russes, polonais, tchèques ou serbo-croate slavophiles ou autres panslavistes, ramenaient  ce nom au substantif slava,  « gloire », ou encore à slovo, « mot » : les Slaves ne pouvaient être, selon eux, que le peuple honorable par excellence, soucieux de son renom et tenant scrupuleusement sa parole. Une autre étymologie, plus prosaïque, a eu cours chez les linguistes du XXe siècle : slav dériverait de skloak,  « eaux stagnantes »  et serait un terme ethnogéographique s’appliquant à des tribus vivant le long de lacs ou d’étangs. Enfin, l’école dumézilienne a préféré voir dans ce mot le nom d’un dieu, adopté d’abord par les chefs ou les rois, puis repris par l’ensemble du peuple : un peu comme l’El sémitique a fini par se greffer sur les noms communautaires ou ethniques d’Israël et d’Ismaël. Quelle que soit l’opinion retenue, l’originalité des anciens Slaves a été de préserver plus longtemps que les autres Indo-Européens, parce que leur milieu s’y prêtait particulièrement bien, le système mixte qu’Hérodote attribuait aux Alazones, une juxtaposition de pastoralisme et agriculture. Ce choix (dont la cuisine garde, aujourd’hui encore, des traces « fossiles » fort lisibles : tous les peuples slaves, de l’Elbe au Pacifique et de l’Adriatique à la Baltique, conservent les mêmes traditions croisées de venaisons et de laitages aigres, de gruaux de céréales et de fruits, de poissons frais d’eau douce et de poissons de mer en saumure), se solde, à l’actif, par un développement démographique continu  et des habitudes d’entraide et de solidarité relativement égalitaires, au sein de la famille ou de la communauté clanique ou villageoise ; et au passif, par la déperdition des techniques militaires propres aux peuples exclusivement pastoraux, ou l’absence d’une classe militaire spécialisée  analogue à celle qui se forme chez d’autres peuples eurasiens convertis à un mode de vie exclusivement agricole. L’historien byzantin Ménandre rapporte la fière réponse des Sclavènes, un des peuples slaves archaïques des rives de la mer Noire, aux Avares turco-mongols qui exigeaient  leur soumission : « C’est nous qui avons l’habitude de nous emparer de la terre des autres, et non l’inverse... Il en sera ainsi tant que le monde reposera sur la guerre et les épées ». Mais les Avares taillèrent les Sclavènes en pièces et les réduisirent à un tel degré de soumission que leur nom, dès lors, devint un synonyme du vieux terme latin de servus, avant de le remplacer tout-à-fait dans toutes les langues européennes modernes :esclave  en français, Sklav  en allemand, slave  en anglais... Quels que soient leur bravoure et le cas échéant leurs exploits, les Slaves seront souvent pris entre la menace d’une domination  étrangère et la nécessité de s’en remettre, pour échapper à cette domination, à d’autres étrangers.

Migrations

A partir du Ve siècle de l’ère chrétienne, les Slaves se portent, par un double mouvement, vers l’Europe centrale et balkanique d’une part, vers le nord de la Russie actuelle d’autre part. Les premières migrations donnent naissance, notamment par alliance ou cohabitation avec des Germains, des Latins, des Grecs, à un dégradé de nouveaux peuples, des Poméraniens, habitants de la côte baltique, aux Sud-Slaves, qui ont gagné les régions méditerranéennes, en passant par diverses d’ethnies intermédiaires, Tchèques, Slovaques et autres Croates ou Cracoviens. Elles revêtent parfois le caractère classique d’une « grande invasion » , notamment  quand elles bénéficient d’un important encadrement scandinave : « Le peuple des Slaves, immense multitude, s’est levé », relate une chronique du VIIe siècle, Les Miracles de Demetrios. Mais ces Slaves utilisent, selon la même source, « des bâteaux taillés dans une seule pièce de bois »,  autrement dit des drakkars. Ce qui explique, sans doute, qu’il ait « pillé toute la Thessalie, les îles qui la bordent et celles situées autour de l’Hellade...  et aussi les Cyclades, toute l’Achaïe, l’Epire et la plus grande partie de l’Illyrie, ainsi que certaines régions de l’Asie. »  


Les migrations vers le nord entraînent l’absorbtion d’un double élément  finnois et scandinave, et la constitution d’un ensemble culurel et culturel plus cohérent, réunissant à la fois la Slavie des origines et une nouvelle Slavie septentrionale. Ce pays prend vers l’an mil l’appelation de Rouss, d'une racine signifiant probablement  « rameur »  ou « batelier ». Le réseau assuré par les eaux vives ou stagnantes, les fleuves, les rivières et les lacs, a sans doute joué, en effet, un rôle important,  qu’il ait d'abord été exploité par navigateurs slaves ou altaïques, utilisant des radeaux ou des barques à fond plat et à faible tirant d'eau, ou par des Scandinaves habitués à la haute mer, équipés de vaisseaux plus rapides à coque concave. Mais au-delà du fait, il y a peut-être aussi un symbole : par voie d’eau ou de terre, les Roussiens puis les Russes proprement dits maintiennent en effet des habitudes de cheminement perpétuel, à la recherche d'un sol vierge à défricher ou d'un pâturage plus gras, ou encore d'un refuge, loin des guerres, des razzias esclavagistes, des brigandages. Ce semi-nomadisme se reflète dans l'habitat populaire, tel qu’il perdure jusqu’au XXe siècle : pas de vraies maisons aux fondations stables et aux murs maçonnés, mais, dans le Sud, des cabanes rectangulaires à demi-enterrées dans le sol, les zemlianki, et dans le nord plus boisé et plus humide, une sorte de meccano de rondins, posé sur pilotis, l'izba.

Table

Physiquement, le pays de Rouss est une « table » circulaire, selon le mot d’Anatole Leroy-Beaulieu, assise sur deux plateaux sédimentaires. Le premier s’étend, du nord au sud, sur plus de mille quatre cents kilomètres, entre le Valdaï et l’Ukraine centrale : d’une altitude moyenne de deux cents mètres, il culmine parfois à un peu plus de trois cents mètres. Le second, parallèle au premier et situé plus à l’est, s’etend sur mille deux cents kilomètres, entre Nijni-Novgorod et Tsaristyne-Volgograd au sud. Il est à la fois plus élevé - atteignant souvent trois cent cinquante mètres et même, à l’ouest de Saratov, plus de quatre cents mètres - et plus escarpé. Entre les deux plateaux, toujours dans le sens nord-sud, une dépression accueille les cours de la Volga, de son affluent l’Oka et du Don. A l’ouest du premier plateau, une autre dépression, allant jusqu’aux Carpathes et à ses piémonts, fait le lit du Dniepr et ses affluents. Mais cette architectonique verticale, que compliquent maints vestiges glaciaires - entrelacs lacustres et marécageux, chaos de boues minéralisées et de galets, monolithes géants, longs de plusieurs kilomètres ou même plusieurs dizaines de kilomètres, comme l’éperon granitique des Jigoulis, qui contraint la Volga à opérer une boucle de près de cent kilomètres, jusqu’à Samara -, ne suffit pas à rompre l’unité, pour ne pas dire la monotonie de l’espace roussien. Les seuls vrais contrastes, liés à la nature du sol et à la végétation, s’ordonnent horizontalement : mis à part le Grand Nord, situé au-delà du cercle polaire, domaine de la rase toundra , deux zones s’opposent en effet de part et d’autre du 50e parallèle : au nord, le podzol, sol acide, gris ou blanc, porte la taïga, forêt de conifères ou de bouleaux ; au sud, le tchernoziom, la « terre noire » loessique, donne naissance à une prairie à grandes graminées, le riche step russe et ukrainien, puis se dégrade au fur et à mesure que l’on descend vers la Capspienne, se charge en sel et se décolore en « terres brunes », en « terres noisette », avant de se transformer en polupustinia, « semi-désert », et ne plus nourrir qu’une steppe au sens français du mot, maigre, éparse. La Rouss du Nord n’a jamais été entièrement défrichée : la forêt de sapins, de pins, de mélèzes et de bouleaux, noire et blanche, pénètre, aujourd’hui encore, jusque dans les faubourgs de Moscou ou de Pétersbourg. Peu propice aux cultures céréalières, sauf l’orge et le seigle, elle s’est tournée dès les origines vers l’exploitation du bois, pour la charpente ou le charbon, vers le travail des peaux ou des fourures, vers la mine, la metallurgie, ou encore ce couple agro-industriel primordial, la culture et le tissage du lin. La Rouss du Sud est en revanche terre de grand pâturage, puis, dès l’Antiquité, terre à blé, défrichée et mise en culture non seulement pour la subsistance des populations locales mais aussi pour le grand commerce. L’industrie ne s’y implantera qu’aux XVIIIe et XIXe siècle, d’abord avec la culture du lin et du coton, puis avec l’exploitation de la houille.


 

(Fin de la première partie)

 

© Michel Gurfinkiel, 2010


 

L'article original peut être consulté sur le blog de Michel Gurfinkiel

 

 

Par Michel Gurfinkiel - Publié dans : Europe
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Samedi 19 juin 2010 6 19 /06 /2010 07:06

 frontière avec le Liban et les territoires du Hezbollah

 

Dans un livre de philosophie que j’ai rédigé il y a une quinzaine d’années, et que je vais réécrire avant de le publier enfin, je m’interrogeais sur ce qui constitue l’horizon de pensée d’une époque et d’une civilisation. Mes analyses étaient générales : elles s’appuyaient néanmoins sur des exemples concrets.  

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Il a existé en Europe, notais-je, un moment totalitaire. La gauche était dominée par le dogme communiste, et la droite par les tentations fascistes, militaristes, nazies. Les défenseurs de la démocratie et de ce que Karl Popper appelle les « sociétés ouvertes » étaient peu nombreux. La voie appelée par Friedrich Hayek « route de la servitude » était très empruntée. L’un de mes maîtres en économie, Ludwig von Mises, juif autrichien, était très solitaire et avait dû s’exiler. L’atmosphère était, de manière générale, imprégnée d’antisémitisme. Israël n’existait pas. Le territoire du Mandat palestinien géré par les Britanniques après la création de la Transjordanie, étaient imprégnés d’une atmosphère de pogrom sur laquelle les gouvernants de Londres fermaient les yeux et par rapport à laquelle ils avaient une attitude très partiale : Amin al-Husseini, mufti de Jérusalem exerçait ses sournoises activités, les incitations au meurtre excitaient les populations arabes, les populations juives désireuses de fuir le continent européen n’étaient pas les bienvenues.  

 

Sept décennies plus tard, l’Europe est très différente. Mais sous les différences, il y existe des récurrences qui conduisent à craindre le pire. Officiellement, le totalitarisme est honni et relégué dans le révolu, mais on pourrait aisément se demander si toutes les velléités totalitaires ont été abandonnées : le communisme estampillé tel est en déroute, mais s’est acheté des habits neufs sous la défroque des diverses facettes de la nébuleuse altermondialiste, de l’écologisme et de l’anti-capitalisme. Les mouvements d’extrême-droite connaissent des poussées ici ou là sans dépasser nulle part quinze pour cent du corps électoral, mais une forme de fascisme islamique avance sournoisement et trouve des alliés à l’extrême-droite autant qu’à l’extrême-gauche et, parfois, dans une gauche socialiste qui, au nom de l’antiracisme, se fait l’idiote utile de militants d’Allah beaucoup moins idiots qu’elle. La défense de la « société ouverte » est d’autant plus minoritaire que l’Europe s’est construite sur un modèle absolutiste et idéocratique. La « route de la servitude » est empruntée au point qu’il s’y crée des encombrements.

 

Karl Popper, Friedrich Hayek et Ludwig von Mises sont extrêmement peu lus et trouvent des échos essentiellement et presque uniquement aux Etats-Unis : c’est leur pensée entière qui est en exil. Selon les normes en vigueur, l’antisémitisme est combattu, et un juif qui accepte de courber l’échine, de raser les murs, de ne jamais dire qu’il est juif et qui, surtout, ne s’affrichera pas trop ostensiblement comme soutenant l’Etat du peuple juif, sera toléré. Israël existe, mais se trouve traité par les Européens comme les Européens traitaient les Juifs il y a soixante dix ans ; et les accusations portées aujourd’hui comme Israël ne surprendraient pas du tout quiconque a étudié l’antisémitisme des années trente du vingtième siècle, comme l’a magistralement montré, dans plusieurs livres, Pierre-André Taguieff. Une atmosphère de pogrom se trouve entretenue au Proche-Orient par les fils spirituels et sanglants d’Amin Al-Husseini. Une Britannique, Lady Catherine Ashton, est, depuis le 19 novembre 2009 Haute représentante de l’Union Européenne pour les Affaires Etrangères : ses discours sont aussi philosémites que ceux d’Ernest Bevin, ministre des affaires du gouvernement Attlee de 1945 à 1951, ce qui n’est pas peu dire. Les incitations au meurtre abondent à Gaza et dans les territoires régis par l’Autorité Palestinienne, mais les dirigeants européens dans leur ensemble, et les députés européens à une majorité écrasante semblent soucieux, surtout, de fustiger Israël et d’aider le Hamas. 

 

be_prepared_for_the_real_holocaust_1-copie-1.jpg


 

On sait comment le moment totalitaire s’est achevé il y a sept décennies. Je me garderai de faire des pronostics trop précis sur la façon dont ce qui se dessine en Europe aujourd’hui s’achèvera. Je dirai juste qu’on peut craindre le pire, oui. Je pense qu’il existe, sur l’horizon de pensée de l’Europe, une forme de syndrome. 

 

Je pense que la liberté  économique est moribonde en Europe pour les raisons indiquées un peu plus haut, mais que la liberté politique est elle-même agonisante, et que la liberté de parole ne se porte pas beaucoup mieux. Je pense que l’antisionisme a remplacé l’antisémitisme et que la haine du peuple juif venant remplacer l’ancienne haine du juif est là pour durer. Je pense que le déclin économique, politique, culturel de l’Europe ne fait que commencer, tout comme l’islamisation de l’Europe.  

 

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Si j’étais juif, j’en tirerais des conclusions. N’étant pas juif, mais étant ami du peuple juif, ami d’Israël, ennemi résolu de toute forme d’antisémitisme, étant situé dans la lignée de réflexion de penseurs dont la pensée est en exil, étant moi-même soumis à des pressions plus ou moins intenses destinées à me conduire à garder le silence ou à emprunter la porte de sortie, j’en tire mes propres conclusions. Comme le dit un poème de Gilbert Keith Chesterton que je cite souvent : « Les hommes sages savent quelles choses funestes sont écrites dans le ciel. Ils portent des lampes tristes, touchent des cordes tristes »….

 

Guy Millière 
 

 

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 frontière avec le Liban et les territoires du Hezbollah

 

Dans un livre de philosophie que j’ai rédigé il y a une quinzaine d’années, et que je vais réécrire avant de le publier enfin, je m’interrogeais sur ce qui constitue l’horizon de pensée d’une époque et d’une civilisation. Mes analyses étaient générales : elles s’appuyaient néanmoins sur des exemples concrets.  

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Il a existé en Europe, notais-je, un moment totalitaire. La gauche était dominée par le dogme communiste, et la droite par les tentations fascistes, militaristes, nazies. Les défenseurs de la démocratie et de ce que Karl Popper appelle les « sociétés ouvertes » étaient peu nombreux. La voie appelée par Friedrich Hayek « route de la servitude » était très empruntée. L’un de mes maîtres en économie, Ludwig von Mises, juif autrichien, était très solitaire et avait dû s’exiler. L’atmosphère était, de manière générale, imprégnée d’antisémitisme. Israël n’existait pas. Le territoire du Mandat palestinien géré par les Britanniques après la création de la Transjordanie, étaient imprégnés d’une atmosphère de pogrom sur laquelle les gouvernants de Londres fermaient les yeux et par rapport à laquelle ils avaient une attitude très partiale : Amin al-Husseini, mufti de Jérusalem exerçait ses sournoises activités, les incitations au meurtre excitaient les populations arabes, les populations juives désireuses de fuir le continent européen n’étaient pas les bienvenues.  

 

Sept décennies plus tard, l’Europe est très différente. Mais sous les différences, il y existe des récurrences qui conduisent à craindre le pire. Officiellement, le totalitarisme est honni et relégué dans le révolu, mais on pourrait aisément se demander si toutes les velléités totalitaires ont été abandonnées : le communisme estampillé tel est en déroute, mais s’est acheté des habits neufs sous la défroque des diverses facettes de la nébuleuse altermondialiste, de l’écologisme et de l’anti-capitalisme. Les mouvements d’extrême-droite connaissent des poussées ici ou là sans dépasser nulle part quinze pour cent du corps électoral, mais une forme de fascisme islamique avance sournoisement et trouve des alliés à l’extrême-droite autant qu’à l’extrême-gauche et, parfois, dans une gauche socialiste qui, au nom de l’antiracisme, se fait l’idiote utile de militants d’Allah beaucoup moins idiots qu’elle. La défense de la « société ouverte » est d’autant plus minoritaire que l’Europe s’est construite sur un modèle absolutiste et idéocratique. La « route de la servitude » est empruntée au point qu’il s’y crée des encombrements.

 

Karl Popper, Friedrich Hayek et Ludwig von Mises sont extrêmement peu lus et trouvent des échos essentiellement et presque uniquement aux Etats-Unis : c’est leur pensée entière qui est en exil. Selon les normes en vigueur, l’antisémitisme est combattu, et un juif qui accepte de courber l’échine, de raser les murs, de ne jamais dire qu’il est juif et qui, surtout, ne s’affrichera pas trop ostensiblement comme soutenant l’Etat du peuple juif, sera toléré. Israël existe, mais se trouve traité par les Européens comme les Européens traitaient les Juifs il y a soixante dix ans ; et les accusations portées aujourd’hui comme Israël ne surprendraient pas du tout quiconque a étudié l’antisémitisme des années trente du vingtième siècle, comme l’a magistralement montré, dans plusieurs livres, Pierre-André Taguieff. Une atmosphère de pogrom se trouve entretenue au Proche-Orient par les fils spirituels et sanglants d’Amin Al-Husseini. Une Britannique, Lady Catherine Ashton, est, depuis le 19 novembre 2009 Haute représentante de l’Union Européenne pour les Affaires Etrangères : ses discours sont aussi philosémites que ceux d’Ernest Bevin, ministre des affaires du gouvernement Attlee de 1945 à 1951, ce qui n’est pas peu dire. Les incitations au meurtre abondent à Gaza et dans les territoires régis par l’Autorité Palestinienne, mais les dirigeants européens dans leur ensemble, et les députés européens à une majorité écrasante semblent soucieux, surtout, de fustiger Israël et d’aider le Hamas. 

 

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On sait comment le moment totalitaire s’est achevé il y a sept décennies. Je me garderai de faire des pronostics trop précis sur la façon dont ce qui se dessine en Europe aujourd’hui s’achèvera. Je dirai juste qu’on peut craindre le pire, oui. Je pense qu’il existe, sur l’horizon de pensée de l’Europe, une forme de syndrome. 

 

Je pense que la liberté  économique est moribonde en Europe pour les raisons indiquées un peu plus haut, mais que la liberté politique est elle-même agonisante, et que la liberté de parole ne se porte pas beaucoup mieux. Je pense que l’antisionisme a remplacé l’antisémitisme et que la haine du peuple juif venant remplacer l’ancienne haine du juif est là pour durer. Je pense que le déclin économique, politique, culturel de l’Europe ne fait que commencer, tout comme l’islamisation de l’Europe.  

 

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Si j’étais juif, j’en tirerais des conclusions. N’étant pas juif, mais étant ami du peuple juif, ami d’Israël, ennemi résolu de toute forme d’antisémitisme, étant situé dans la lignée de réflexion de penseurs dont la pensée est en exil, étant moi-même soumis à des pressions plus ou moins intenses destinées à me conduire à garder le silence ou à emprunter la porte de sortie, j’en tire mes propres conclusions. Comme le dit un poème de Gilbert Keith Chesterton que je cite souvent : « Les hommes sages savent quelles choses funestes sont écrites dans le ciel. Ils portent des lampes tristes, touchent des cordes tristes »….

 

Guy Millière 
 

 

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